Ancien champion du monde de VTT, Cadel Evans se révèle sur le Giro 2002, maillot rose provisoire avant de craquer dans les Dolomites, au profit de Paolo Savoldelli. Le Poulidor australien, trop souvent taxé d'attentisme, a fait voler en éclats hier son étiquette de sangsue des cols. Il était plus que temps, à 32 ans passés. Mais les observateurs (moi y compris) l'avaient enterré un peu trop vite. Son orgueil de champion et son expérience lui ont permis de gagner ce qui reste la plus belle épreuve du calendrier cycliste, Tour de France excepté.
Malgré une énorme concurrence (Valverde, Cunego, S.Sanchez, Cancellara et dans une moindre mesure Boonen pour qui le circuit était trop montagneux), Cadel Evans a réussi à l'emporter, devenant le premier champion du monde sur route Australien. On se souvient que Robbie McEwen avait fini 2e en 2002 à Zolder, derrière l'intouchable Mario Cipollini. L'Italie, après trois victoires consécutives, est battue. Mais la Squadra Azzurra aura d'autres occasions, avec des atouts comme Cunego, Basso, Pozzato ou Ballan.
C'est seulement la quatrième fois qu'un coureur non européen devient champion du monde (après 1983 et 1989, victoires de Greg LeMond, et 1993, où Lance Armstrong fut sacré sous la pluie d'Oslo).L'attaque de Cadel Evansà 4 km de l'arrivée est intervenue dans la même côte où Merckx avait battu Gimondi en 1971, sur ce circuit de Mendrisio. Mais contrairement au Cannibale belge qui accumulait les victoires, Evans a enchaîné les déceptions. Profitant de la retraite forcée de Jan Ullrich et de la suspension d'Ivan Basso, après l'affaire Puerto en 2006, pour progresser dans la hiérarche mondiale, Evans fait partie des candidats au maillot jaune, comme Klöden, Menchov ou Leipheimer. Jusqu'à ce que Contador surgisse. Le bilan d'Evans est une litanie de places de dauphin. 2e du Tour en 2007 et 2008, 2e du Dauphiné en 2008 et 2009, 3e de la Vuelta en 2009. Beaucoup d'accessits et peu de succès.
Le Tour 2007 est cruel. Seulement 23 secondes le séparent de Contador au final, après l'exclusion de Rasmussen dans les Pyrénées. En 2008, on pense qu'il va triompher mais Carlos Sastre résiste de façon héroïque dans le dernier CLM.Son seul maillot jaune restera celui conquis à Lourdes Hautacam, avant de le céder à Frank Schleck. Jusqu'à hier, Evans n'avait jamais décroché de grande victoire.Mais Mendrisioest sa délivrance. Evans a su gérer sa course, suivre le groupe des favoris, au sein duquel Spartacus Cancellara était marqué à la culotte par l'équipe d'Espagne, suite à sa performance digne d'un Miguel Indurain dans le CLM du jeudi. Mais le coureur suisse a prouvé sa valeur sur un Mondial où le dénivelé cumulé était de 4600 mètres, digne d'une grande étape de montagnedu Tour. Or on a jamais vu Cancellara capable de suivre les grimpeurs au mois de juillet. Avec Contador, Boonen, Cunegoet Valverde, Cancellara fait aujourd'hui partie des meilleurs coureurs du peloton.
Andy Schleck a abandonné prématurément, Tom Boonen a été lâché dans le dernier tour, Damiano Cunego était trop juste dans le final, Fabian Cancellara neutralisé, Valverde et Sanchez piégés par la position offensive de Rodriguez, Evans a doncsaisi sa chance ... Lui qu'on disait sur le déclin après une médiocre 30e place sur la Grande Boucle 2009 a su répondre de la plus belle des façons. En 2010, il pourra porter ce maillot arc-en-ciel qui a forgé tant de champions (Coppi, Merckx, Hinault, Museeuw, LeMond, Van Looy...) avant de défendre son titre chez lui à Melbourne. Le Championnat du Monde est une épreuve souvent cruelle pour les favoris (Indurain en 1993 à Oslo et 1995 à Duitama, Jalabert en 1997 à San Sebastian, Bartoli en 1998 à Valkenburg, Ullrich en 1999 à Vérone et 2001 à Lisbonne, Bettini en 2003 à Hamilton ...). Cancellara, Cunego et Valverde en ont fait les frais, malgré un parcours très sélectif.
De son côté, Cancellara n'a pas réussi l'exploit titanesque que toute la Suisse attendait: doubler deux médailles d'or en CLM et épreuve sur route (en 1995 Indurain et Olano avaient trusté l'or et l'argent dans les deux épreuves, l'or dans le CLM pour le premier et sur route pour le second).
Oskar Camenzind reste donc le dernier Helvète champion, en 1998. Cependant, le triple champion du monde du CLM progresse de saison en saison, et vu son habileté à gagner dans les classiques (Paris Roubaix 2006, Milan San Remo 2008), ses rivaux feraient mieux de se méfier.
Quant à Alejandro Valverde, il n'a pas réussi à enchaîner après sa Vuelta victorieuse, mais personne ne l'a fait depuis 1995 et la modification du calendrier par l'UCI. L'Invincible, qui est un habitué du podium mondial (2e en 2003 et 2005, 3e en 2006), s'est cette fois ci classé neuvième.
Enfin, deux regrets pour des tendances qui persistent chaque année au Mondial sur route.
Primo l'incapacité des Français à se mêler à la lutte pour la victoire. L'équipe mise sur pied par Jalabert (Riblon, Champion, Chavanel, Voeckler, Le Mével, Fédrigo) était pourtant belle, mais comment lutter avec Cancellara, Boonenou Valverde, les ténors du peloton mondial? Laurent Brochard, dernier champion du monde français en 1997, risque de devoir patienter encore pour trouver un successeur.
Secundo, l'absence de grands ténors du peloton (Contador, Armstrong), mais la spécialisation est devenue inéluctable dans le cyclisme moderne et le décalage du Mondial en septembre/octobre depuis 1995 n'a fait qu'accentuer ce phénomène, conséquence du mouvement de spécialisation initié par LeMond et Indurain à l'aube des années 90. Seulement, l'Américain et l'Espagnol disputaient chaque année le Mondial, à l'inverse de leurs héritiers, les Pantani, Ullrich et Armstrong.
Rendez-vous à Melbourne en 2010 et Copenhague en 2011 ...